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Neutralité ukrainienne ou mensonge de Yanoukovytch ?

Saturday, July 17th, 2010

Le 14 juillet 2010 à Kyïv, avait lieu la Conférence internationale de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), où il a été annoncé la nécessité d’une propagande à grande échelle de l’OTSC sur les ukrainiens pour un « lavage de cerveau » en règle.
Dans le gouvernement pro-russe qui a été établi en Ukraine après la victoire de Yanoukovytch aux élections présidentielles l’hiver passé, la pluparts des politiciens veulent une coopération plus poussée avec la Russie, jusqu’à arriver à une intégration économique, politique et militaire.
Donc, concernant l’intégration économique c’est déjà un peu trop raté pour les politiciens ouvertement pro-russes comme le président de l’Ukraine M. Yanoukovytch, parce que depuis 2008 l’Ukraine fait parti de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Et comme la Russie, le Kazakhstan, le Belarus ne font pas parti de cette organisation internationale, l’Ukraine ne peut pas joindre le projet russe d’union douanière. Tant mieux pour l’Ukraine. On doit dire merci à Youchtchenko qui a intégré l’Ukraine à l’OMC et a ainsi sauvé notre indépendance économique.
Concernant l’intégration politique, l’Ukraine ne fait parti ni de l’Union Européenne (l’UE) ni de la Communauté des États Indépendants (la CEI). Alors, comme l’UE ne montre aucune volonté politique sur la question ukrainienne à propos d’une possible adhésion, l’UE donne toutes les opportunités de manœuvres à Russie à propos de l’engagement de l’Ukraine dans sa sphère d’intérêt (CEI et les autres projets). En rejetant l’Ukraine, l’UE peut avoir une zone instable à côté de ses frontières orientales. Sinon, l’UE risque de montrer son vrai visage aux gens et aux citoyens de l’UE à propos des double-standards concernant un pays européen tel que l’Ukraine. Comme ça, ça pourra baisser l’image de l’UE aux yeux du peuple du monde entier comme une organisation/pays qui se bat pour la démocratie et les libertés de son peuple.
Concernant l’intégration militaire, l’Ukraine est toujours un pays neutre, mais ça peut changer. En 2008 au Sommet de l’OTAN à Bucarest, Roumanie, sous la pression russe, française et allemande l’OTAN a rejeté l’application de l’Ukraine au Membership Action Plan (MAP). Donc, la population de l’Ukraine qui a espérée le soutient des pays de l’OTAN et l’octroi du MAP après l’échec complet dans cette direction politique se sent oublié par l’Occident et ne croit pas aux valeurs déclarés par l’UE. Qu’est-ce que ça donne à l’UE et l’OTAN ? Avant tout, l’OTAN risque de perdre l’Ukraine comme partenaire actif (l’Ukraine prend parti dans toutes les opérations de l’OTAN de « Active Endeavour » jusqu’à l’Afghanistan). Parce que ce n’est pas dans l’intérêt de l’Ukraine de tant coopérer avec l’OTAN sans adhésion. Donc, le nouveau président pro-russe de l’Ukraine Victor Yanoukovytch pousse l’Ukraine aux mains de la Russie. C’est-à-dire, lui et son équipe vont promouvoir l’OTSC et donc, comme ce bloc militaire est opposée à l’OTAN et à tout l’Occident, à mon avis c’est un mauvaise signe/message pour les politiciens européens et américains. Sinon, dans le futur l’Ukraine risque d’être intégrée à l’OTSC et de devenir un rival pour l’OTAN.
Au lieu de conclusion. L’UE et les États-Unis doivent se poser une question « est-ce qu’ils veulent avoir l’Ukraine comme un partenaire stable et prévisible ou ils veulent avoir une zone d’instabilité et l’Ukraine qui joue de façon russe ? ».

Le choc des civilisations au centre de l’Ukraine

Sunday, June 20th, 2010

Cette année, quasiment au même moment, le tribunal de Donetsk a destitué Roman Choukhevytch et Stepan Bandera de leur titre de héros, mais les conseils municipaux de L’viv, Ternopil, Ivano-Frankivsk leur ont décerné le titre de citoyens d’honneurs.
Les mêmes personnes pour les mêmes actions sont considérées dans un cas comme des héros et dans l’autre cas comme des criminels, et ceci non pas au niveau des préférences personnelles, mais au niveau des décisions des établissements d’État.
Si on entendait une telle évaluation à propos de cette question de la part de Moscou et Tbilissi, ou de Téhéran et Washington, il est clair que ce sont des parties belligérantes qui sont diamétralement opposés dans leurs évaluations. Mais Donetsk et Ternopil ne sont pas belligérants, ils se trouvent dans un seul pays.
Donc on peut considérer cette situation comme une schizophrénie d’une forme compliquée.
Le dédoublement de la personnalité d’un État se produit lorsque deux civilisations différentes coexistent dans un seul pays.

Paradigme civilisationnel

Une telle approche, ou comme les scientifiques disent – un paradigme civilisationnel – a gagné sa popularité en sciences politiques après le livre sorti en 1996 « The clash of civilizations » par Samuel Huntington – « Confrontation des civilisations », ou plus précisément « Choc ». Quand le conflit mondial entre communisme et capitalisme est terminé, l’auteur considère le choc des civilisations comme le conflit principal de l’histoire moderne.
Une civilisation peut être créée par un ensemble de nations et pays, comme par exemple, la civilisation occidentale moderne. Il est aussi possible qu’un seul pays forme une civilisation, comme la Chine.
Il peut également arriver que deux civilisations existent en même temps dans un seul pays.
Huntington appelle ces pays « des pays divisés ». Comme le Soudan, l’Inde, le Sri-Lanka, la Malaisie ou l’Ukraine. Par contre, il détermine sans analyse profonde une ligne de division et sa nature en Ukraine, il a donc tort.
Le conflit qui divise l’Ukraine, selon Huntington, est un conflit entre les civilisations occidentale et orthodoxe. « La civilisation occidentale » en Ukraine est représentée par les régions d’habitation des gréco-catholiques. Donc la ligne de division doit se placer sur le territoire qui sépare la Galicie et la Volhynie du reste de l’Ukraine.
Comme confirmation visuelle, Huntington utilise les résultats du vote aux élections présidentielles de 1994. À cette époque, la ligne de division se trouvait à la frontière orientale de la région de Kyiv, Tcherkassy, et au sud de la région de Tcherkassy, Vinnytsia. Mais il est évident que ces régions ne sont pas des uniates selon la confession dominante.
Les résultats des élections présidentielles en 2004 et 2010, et les élections parlementaires en 2007 sont encore plus révélateurs.
Les résultats nous donnent une ligne stable, selon laquelle la partie « occidentale » de l’Ukraine inclut les régions de Tchernihiv, Soumy et Poltava, qui ni géographiquement, ni par la religion n’appartiennent à la ligne tracée par Huntington.
La stabilité d’une telle division est déjà une raison suffisante pour analyser sa nature. Il est clair qu’elle n’est pas religieuse. Ce sont les mêmes orthodoxes qui se trouvent de deux côtés de la ligne de division.
Selon Huntington, à l’Est de la ligne de division se trouve « la civilisation orthodoxe ». Mais plus précisément on l’appelle civilisation « russe » ou « eurasienne ». Maintenant la Russie, y compris sa population musulmane, créé une civilisation spécifique indépendante, qui comprend également les républiques d’Asie centrale d’ex-URSS, qui sont devenus des pays indépendants, en ne quittant pas la zone culturelle russe.
Donc, la définition religieuse de la civilisation n’est pas correcte. Elle comprend les orthodoxes et les musulmans, et aussi beaucoup d’athées, formés à la suite de la politique antireligieuse soviétique.
Donc, il est logique que la division civilisationnelle en Ukraine n’a pas de caractère religieux.

Une preuve la plus ancienne

« Kyiv était envahi en mars le vingtième jour, le mercredi de la deuxième semaine du carême. Et ils ont enlevés la ville entière pendant deux jours. Et il n’y avait pas pitié : les églises brulaient, les chrétiens étaient tués, les autres étaient capturés, et les femmes aussi, les enfants pleuraient en regardant leurs parents tués.
Et ils ont pris beaucoup de biens, et volés les choses dans les églises, et ils ont enlevés les cloches… et tous les sanctuaires étaient pillés aussi. Et même le monastère de Sainte-Marie de Petchersk était en flamme, mais le Dieu par les prières de Sainte-Marie l’a sauvé ».

Ceci un extrait d’un rapport sur le vol total et la destruction de Kyiv en 1169. Ce n’est ni les Kumans, ni les Mongols, c’est l’armée du grand-duc de Vladimir André 1er Bogoluibski et d’autres princes, qu’il a ajouté à l’affaire.
Des conflits graves, jusqu’au meurtre, étaient fréquents dans la dynastie des Riourikides. La marche militaire à Kyiv des princes de Rous’ n’est pas étonnante, l’innovation du grand-duc André 1er Bogoluibski résidait dans le fait qu’il ne voulait pas gagner la ville, il voulait détruire Kyiv.
Mais pourquoi ? Ce n’était pas une guerre civile ni religieuse. L’acte du grand-duc André n’a pas l’air d’être motivé, même la raison de la destruction de Kyiv est absente dans la chronique.
L’explication donnée par Hrouchevsky semble être plausible.
Imaginez, que la Principauté de Vladimir-Souzdal c’est l’Amérique de Rous’ de Kyiv, elle a commencé à se développer rapidement lors du règne d’André 1er Bogoluibski. André a créé dès le tout début cette principauté comme un État autocratique, le début d’un futur absolutisme et despotisme russe. Donc on peut comprendre sa relation envers Kyiv.
Hrouchevsky écrit, pour André « les traditions historiques liées à Kyiv n’étaient pas sympathiques, … cette galerie de princes infinie, l’influence des boyards et le rôle politique des communautés. Il n’y avait pas d’espoir à surmonter cela, et André fait tout pour détruire, diminuer Kyiv ».
Si Hrouchevsky a raison, la destruction de Kyiv par le grand-duc André peut être considérée comme le premier signe avant-coureur du conflit civilisationnel entre le monde occidental et eurasien.
Bien que ces civilisations n’existaient pas à cette époque-là, elles allaient se former quelques siècles plus tard.

Témoignages de Sigismund von Herberstein

Au début du XVI siècle en Europe de l’Ouest il n’y avait pas d’expert plus éclairé à propos des pays de l’Europe de l’Est et de la Moscovie que Sigismund von Herbertsein, un diplomate distingué de la maison royale de Habsbourg.
Il témoigne sur le pouvoir sans précédent du tzar moscovite : « L’autorité qu’il a sur les gens dépasse trop celle de tous les monarques du monde entier… Il opprime tout le monde par l’esclavage aggravé. S’il donne un ordre à quelqu’un d’être dans sa cour ou d’aller à la guerre, ou d’être ambassadeur, il doit obéir aux ordres à ses propres frais ».
Ivan le Terrible, Pierre le Grand, Staline n’étaient pas encore nés – mais la possibilité d’une utilisation servile de n’importe quelle personne est incontestable. En outre, elle est la norme acceptée dans la société.
« Ce peuple trouve plus de plaisir en esclavage qu’en liberté » – cette phrase d’Herberstein est devenue un cachet afin de déterminer les mérites de la culture politique de la Russie dans les siècles à venir.
Et à propos de la partie européenne de la Rous’ ?
À l’époque c’était la Lituanie qui, dans la description d’Herberstein, s’étend de la Livonie (Lettonie moderne) jusqu’à Tcherkassy (Ukraine moderne). Donc, à ce moment-là, la partie européenne de la Rous’ était essentiellement composée de terres modernes du Belarus et de l’Ukraine moderne.
Ce n’est pas étonnant, que la Lituanie ait été majoritairement orthodoxe, et pas catholique. Selon Herberstein, les Lituaniens les plus célèbres de l’époque étaient les ducs Costyantyn Ostrozky et Mychaylo Hlynsky, des Volhyniens autochtones, et pas du tout des lituaniens.
Encore un fait : « le Statut lituanien » était écrit dans la version originale en XVI siècle en langue ruthène.
Le manque d’autorité du monarque de Lituanie envers ses sujets a surpris Herberstein, surtout en comparaison avec la Moscovie. Les magnats lituaniens, selon lui, « n’utilisent pas tellement la grande liberté et bonté de leurs roi, mais ils abusent de cela ».
Il est difficile d’imaginer un plus grand contraste entre les pays voisins, les libertés politiques de la Lituanie et le grave despotisme de la Moscovie.

Où se trouve la ligne de division?

Comme on peut le voir, on peut trouver dans antiquité historique des témoignages incroyables de différence fondamentale entre deux cultures politiques. La place de cette ligne aujourd’hui peut être démontrée très concrètement par de nombreux critères, y compris le plus évident – la géographie électorale.
Toutes les élections nationales de 2004 jusqu’à 2010 donnent la même ligne :
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Je ne sais pas qui a le premier remarqué que cette ligne se trouve être la frontière historique de la République de deux nations au XVII siècle.
Il me semble, que le premier était Mykola Ryabtchouk qui écrivait à propos de cette ligne de division : « La République de deux nations n’était pas une place idéale pour vivre, mais c’était une autre civilisation que la Moscovie. Les gens vivaient longtemps à l’extérieur de la Russie et de l’Union Soviétique. Le Sud et l’Est, faites attention, n’ont jamais vécu à l’extérieur de l’URSS ou la Russie… ».
Stanislav Bilytchenko a fait une autre comparaison géographique intéressante: cette carte correspond à la distribution de la langue ukrainienne comme langue maternelle selon le dernier recensement. Le fait que cette division ne soit pas accidentelle, est aussi confirmé par les recherches de l’Institut International de Sociologie de Kyiv, où il est prouvé, qu’en Ukraine le choix politique ne se fonde pas sur les programmes politiques mais sur les sentiments nationaux.
Et enfin encore une chose sur la ligne de division.
Voici un extrait d’un communiqué du GFK sur les résultats de l’enquête sur l’adhésion de l’Ukraine à l’UE du 16 mai 2010. « Les habitants des régions centrales et occidentales, et aussi Kyiv soutiennent l’adhésion possible de l’Ukraine à l’UE – à 69%, 61% et 60% respectivement. En même temps les habitants des régions orientales et du sud s’expriment plus activement contre cette adhésion – à 35% et 31% respectivement ».
Une question directe sur l’identité civilisationnelle – une réponse directe au sujet qui est qui.

Les variantes possibles

Dans le conflit de deux civilisations, dans ce cas-là des civilisations occidentales et eurasiennes, dans un seul pays, les options suivantes de développements sont possibles :
1. La civilisation eurasienne conquiert la civilisation occidentale.
2. La civilisation occidentale conquiert la civilisation eurasienne.
3. Le statut quo se préserve.
4. Chacune de civilisations belligérantes crée son propre État séparé.
Option 1. La plus facilement prévue. C’est la situation des derniers trois cents ans, mais en réduisant considérablement les positions d’eurasiens par rapport aux années précédentes.
Premièrement, on doit dire qu’ils ne dominent pas en nombre, comme c’était le cas, quand l’Ukraine faisait partie de la Russie et de l’URSS. Deuxièmement, ils n’ont pas de forces répressives comme c’était le cas en URSS. Par conséquent, la suppression totale des représentants de l’autre civilisation, comme c’était le cas après l’accession de l’Ukraine de l’Ouest à l’URSS, n’a pas l’air d’être réel. Au moins, l’appareil répressif nécessaire n’est pas encore renouvelé.
Donc le développement futur de cette option – l’utilisation répressive du Ministère de l’Intérieur, de Service de Sécurité de l’Ukraine, du Parquet, des tribunaux, de Service fiscaux d’abord contre les opposants politiques, puis contre les journalistes, puis contre tous les dissidents.
Option 2. La moins probable en raison de deux facteurs. Premièrement, tout d’abord il n’y a pas d’avantage signifiant en nombre en Ukraine ; deuxièmement, l’incapacité totale d’agir ensemble et strictement.
La présence de ces deux facteurs en Lettonie et Estonie a apporté à la civilisation occidentale une victoire rapide.
En Ukraine, même dans la période de 2005-2009, quand y’avait une chance présumée de la conquête de la population des régions de culture eurasienne, il n’y a pas eu d’action. Ces régions de facto n’étaient pas subordonnées au centre, qui faisait juste semblant de les gérer.
Il reste la possibilité de la conquête paisible, l’acquisition graduelle culturelle. Théoriquement, c’est possible, mais le processus peut prendre énormément de temps. On n’a d’ailleurs remarqué aucun signe de ce processus durant ces 20 dernières années.
Option 3. En pratique, cette option peut être réalisée par la division du pouvoir parmi les représentants des deux cultures.
Le pays se divise administrativement en nombre égal de terres eurasiennes et occidentales, qui proportionnellement forment un parlement fédéral, divisent les postes du Président et du Premier-ministre. Une grande partie du pouvoir et du budget restent au niveau des terres.
Cette construction reste possible, mais très instable. Le changement des groupes sociaux, la contradiction de la nouvelle balance sociale à la vieille construction politique, l’intervention des extrémistes – tout ça s’accumule avec les années et déséquilibre la situation. Et on va à l’une des trois autres options.
Option 4. Les représentants de chacune des deux civilisations ne veulent pas envisager cette option, car chacune des deux parties pensent même inconsciemment, qu’elle peut surmonter l’autre partie, et dominer tout le territoire.
Tous sont pour l’Ukraine unie. Peut-être ils ont raison, plus précisément – l’un d’entre eux. Mais. Mais ceci reste très hypothétique.
Cette domination dans chaque cas sera violente.
Personne ne peut persuader l’autre partie. En outre, personne ne veut déjà convaincre l’autre partie.
On choisit alors consciemment la conquête violente des représentants d’une culture par les représentants de l’autre. Sur la balance il y a d’un côté, le négatif de la préservation d’un État violent, et de l’autre côté – le processus maladif de la création de deux États civilement homogènes, principalement moins conflictuel.
Aujourd’hui personne n’est prêt à dire, de quel côté va pencher la balance. Car il devient clair qu’on ne peut plus vivre comme ça. Mais comment est-ce possible ? Ceci n’est pas encore clair.
Que Dieu donne à l’Ukraine les forces d’implémenter l’option qui apportera le malheur au moins de personnes possible. Et que Dieu nous donne l’esprit de trouver cette option.

http://www.pravda.com.ua/articles/2010/06/11/5126765/

Kirghizistan et la résurgence de la Russie

Tuesday, April 13th, 2010

La semaine passée a vu un autre succès principal de la résurgence de la Russie dans l’ancien territoire soviétique quand les forces pro-russes ont pris le contrôle du Kirghizistan.

La révolution kirghize a été rapide et intense. Pendant 24 heures, les protestations qui couvaient depuis des mois ont tournés aux émeutes dans tout le pays, que le président a fui, et un gouvernement de remplacement a prit le contrôle. La manière dont chaque pièce nécessaire pour passer d’un gouvernement à l’autre s’est mis en place dans un délai très court et discrédite les arguments qui parlaient d’un soulèvement spontané du peuple en réponse à la précarité des conditions économiques. Au lieu de cela, cette révolution apparaît pré-arrangée.

UNE RÉVOLUTION PRÉ-ARRANGÉ

Les forces de l’opposition au Kirghizistan ont longtemps organisé des manifestations, en particulier depuis la Révolution des Tulipes en 2005 qui a renversé le président récemment évincé, Kourmanbek Bakiev, au pouvoir. Mais divers groupes d’opposition n’ont jamais été capable de faire une révolution complète – jusqu’au moment où la Russie s’est impliquée.

Dans les semaines avant la révolution, des membres sélectionnés de l’opposition kirghize se sont rendus à Moscou pour rencontrer le Premier-ministre russe Vladimir Poutine. Des sources de la STRATFOR au Kirghizistan ont signalé l’omniprésent ainsi que la présence notable de fonctionnaires du Service Fédéral de la Sécurité russe sur le terrain pendant la crise, et Moscou préparait le largage 150 élites parachutistes russes au lendemain de la révolution dans des bases russes au Kirghizstan. Comme la poussière a commencé à s’installer, la Russie a approuvé le gouvernement.

Il y a bien quelques raisons pour lesquelles la Russie pourrait cibler un pays à près de 965 km de son territoire (et près de 3000 km de capitale à capitale), si le Kirghizstan n’est pas un grand trophée. Le pays n’a pas d’économie ni de ressources stratégiques à mentionner et est très dépendant de tous ses voisins pour les denrées alimentaires et son énergie. Mais il a un emplacement géographique précieux.

L’Asie centrale comprend essentiellement une steppe massive de plus d’un million de km carrés, faisant de la région une proie facile à envahir. L’une des caractéristiques géographiques principales de la région autres que la steppe, sont les montagnes Tien Shan, une ligne qui sépare l’Asie centrale de l’Asie du Sud et la Chine. La vallée de Fergana est nichée au sein de ces montagnes, et constitue un foyer à la plupart de la population de l’Asie centrale en raison de ses terres arables et de la protection offerte par les montagnes. La vallée de Fergana est le cœur de l’Asie centrale.
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Pour éviter ce noyau de consolidation dans le centre du pouvoir de la région, les Soviétiques ont coupés la vallée de Fergana entre trois pays. L’Ouzbékistan est titulaire de la vallée, le Tadjikistan possède l’entrée de la vallée et le Kirghizstan contrôle les montagnes qui entourent la vallée. Le Kirghizstan n’a pas la valeur économique des ressources de la vallée, mais il a comme bénéfice de l’encercler. Contrôler le Kirghizistan est égal à contrôler la vallée et posséder l’Asie par son noyau central.

En outre, la capitale kirghize, Bichkek se trouve à seulement 190 km de la plus grande ville du Kazakhstan (et historique et capitale économique), Almaty. Le placement du Kirghizstan dans le Tien Shan donne également au Kirghizistan la possibilité de surveiller le déplacement chinois dans la région. Et ses hauts plateaux donnent également sur le bassin de Tarim en Chine, où se tient une partie du contentieux Ouïghour du Xinjiang, région autonome.

Compte tenu de son emplacement stratégique, le contrôle du Kirghizistan offre la possibilité de faire pression sur le Kazakhstan, l’Ouzbékistan , le Tadjikistan et la Chine . Le Kirghizistan est donc un élément essentiel dans le plan général de la Russie, et de resurgir dans sa sphère d’influence ex-soviétique.

LA RÉSURGENCE DE LA RUSSIE

La résurgence de la Russie est fonction de ses vulnérabilités extrême géographiques . La Russie n’a pas de barrières géographiques définissables entre elle et les autres puissances régionales. Le noyau de la Russie est une bande de terre qui part de Moscou pour aller vers le bas, dans le grenier de la région de la Volga. À l’époque médiévale, cette région a été connue sous le nom de Moscovie. Il n’a pas de rivières, seuls les océans ou les montagnes délimitent ses frontières. Sa seule véritable défense nationale est son climat inhospitalier et ses forêts denses. Cela a conduit à une histoire d’invasions sans fin, y compris les pillages commis par les hordes mongoles, les chevaliers teutoniques et les nazis.

Pour contrer ce manque de défense, la Russie a toujours adopté le principe de l’expansion. La Russie a ainsi continuellement cherché à s’étendre assez loin pour asseoir sa puissance dans une barrière géographique définissable – comme une chaîne de montagne – ou de se développer suffisamment pour créer une zone tampon entre elle et les autres puissances régionales. Cet objectif d’expansion a été la clé de la sécurité nationale de la Russie et sa capacité à survivre. Chaque dirigeant russe l’a bien compris. Ivan le Terrible a élargi le territoire au sud-ouest dans les marais d’Ukraine, la Grande Catherine dans la steppe d’Asie centrale et du Tien Shan et l’Union soviétique dans une grande partie de l’Europe centrale et orientale.

L’expansion de la Russie a été faite suivant quatre orientations stratégiques. La première, au nord et au nord-est, est de profiter de la protection offerte par les montagnes de l’Oural. Cette stratégie est plus qu’un «juste au cas où». Ainsi, dans le cas où Moscou tombe, la Russie peut se réfugier dans l’Oural et se préparer à une résurgence dans l’avenir. Staline a utilisé cette stratégie lors de la Seconde Guerre mondiale quand il a déménagé de nombreuses villes industrielles de la Russie dans l’Oural pour les protéger de l’invasion nazie.

La seconde est à l’ouest vers les Carpates et dans le nord des plaines de l’Europe. Posséder la terre jusqu’aux Carpates – traditionnellement, y compris l’Ukraine, la Moldavie et des régions de Roumanie – crée un point d’ancrage en Europe pour protéger la Russie du sud-ouest. Pendant ce temps, la plaine nordique européenne est simplement l’une des routes les plus indéfendables en Russie, où la Russie n’a pas de zone tampon. L’objectif de la Russie a été de pénétrer le plus profondément possible dans la plaine, pour rendre le passage de la distance nécessaire pour voyage vers la Russie très difficile aux envahisseurs potentiels.

La troisième direction se trouve au sud du Caucase. Ceci implique la possession du Grand et Petit Caucase, deux chaînes de montagnes et la création d’une barrière géographique entre la Russie et les puissances régionales comme la Turquie et l’Iran. Cela signifie également le contrôle des régions de la Russie musulmane (comme la Tchétchénie, l’Ingouchie et le Daghestan), ainsi que la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

Le quatrième se trouve à l’Est et au Sud-est vers la Sibérie et en Asie centrale. Les montagnes du Tien Shan sont la seule barrière géographique entre les cœurs russes et asiatiques, les steppes d’Asie centrale sont, comme leur nom l’indique, à plat jusqu’à ce qu’elles atteignent les montagnes du Kirghizistan.

À l’exception de la stratégie d’expansion par la plaine nord-européenne, la Russie met l’accent sur l’importance des montagnes – les Carpates, le Caucase et le Tien Shan – comme des obstacles géographiques. Contrôler le terrain jusqu’à ces obstacles définis fait partie d’une plus grande stratégie de la Russie, sans laquelle la Russie est vulnérable et faible.

La Russie de l’ère soviétique a atteint ces objectifs. Elle a possédé les terres jusqu’à ces barrières montagneuses et contrôlé la plaine nord-européenne ainsi que tout le chemin jusqu’à la frontière ouest-allemande. Mais son emprise sur ces ancrages a faibli avec la chute de l’Union soviétique. Cet effondrement a commencé lorsque Moscou a perdu le contrôle des quatorze autres États de l’Union soviétique. La désintégration soviétique ne garantit pas, bien sûr, que la Russie ne réapparaisse sous une autre forme. L’Occident – et les États-Unis en particulier – ont ainsi vu la fin de la Guerre Froide comme une occasion de s’assurer que la Russie ne réapparaisse jamais dans son hégémonie grande eurasienne.

Pour le faire, les États-Unis ont commencé à s’intégrer dans les États entre la Russie et ses barrières géographiques, pour les sortir de la sphère russe dans un processus qui verrait à terme l’influence russe contenue à l’intérieur des frontières de la Russie proprement dite. À cette fin, Washington a cherché à étendre son influence dans les pays voisins de la Russie. Cela a commencé avec l’expansion du club militaire américain, l’OTAN, dans les États baltes en 2004. Ce qui a littéralement mis à la porte de l’Ouest la Russie (à leur point le plus proche, les pays baltes sont distants de moins de 160 km de Saint-Pétersbourg) sur l’un des points faibles de la Russie sur la plaine d’Europe du Nord.

Ensuite Washington a encouragé des mouvements démocratiques pro-américains et pro-occidentaux dans les anciennes républiques soviétiques. Ce sont les révolutions dites « de couleur », qui ont débuté en Géorgie en 2003, sont passés en Ukraine en 2004 et au Kirghizistan en 2005. Ceci a supprimé trois ancrages montagneux de la Russie.

La révolution orange en Ukraine s’est avéré un point de rupture dans les relations américano-russes. À ce moment, Moscou a reconnu que les États-Unis cherchaient à paralyser la Russie de façon permanente. Quand l’Ukraine est devenue orange, la Russie a commencé à organiser une réponse.

UNE FÊNETRE D’OPORTUNITÉ

La Russie a reçu une occasion en or pour repousser l’influence des États-Unis dans les anciennes républiques soviétiques et redéfinir la région grâce aux guerres américaines en Afghanistan et en Irak et la crise avec l’Iran. Son focus sur le monde islamique a laissé Washington avec une capacité limitée pour continuer la chasse loin de l’ancien espace soviétique ou de lutter contre toutes les réponses de la Russie à l’influence occidentale. Moscou sait que Washington ne restera pas fixé sur le monde islamique pour toujours, ce qui explique pourquoi la Russie a accéléré ses efforts visant à inverser l’influence occidentale dans l’ancienne sphère soviétique de la Russie et de garantir sa sécurité nationale.

Ces quelques dernières années, la Russie a travaillé pour faire reculer l’influence occidentale dans la ancienne sphère soviétique, pays par pays. Moscou a reçu un certain nombre de grands succès en 2010. En Janvier, Moscou a signé un accord d’union douanière pour la réintégration économique de la Russie avec le Kazakhstan et la Belarus. Aussi en Janvier, un gouvernement pro-russe a été élu en Ukraine. Et maintenant, le gouvernement pro-russe a pris le pouvoir au Kirghizistan.

Le dernier de ces pays est une étape importante pour Moscou, étant donné que la Russie n’a même pas de frontière avec le Kirghizistan. Cela indique que Moscou doit être sécurisé dans son contrôle du territoire du noyau russe à travers la steppe de l’Asie centrale.

Alors qu’elle cherche à faire reculer l’influence occidentale, la Russie a testé une poignée d’outils dans chacune des anciennes républiques soviétiques. Il s’agit notamment des pressions politiques, de l’instabilité sociale, du poids économique, des interconnexions énergétiques, des services de sécurité et de l’intervention militaire directe. Jusqu’à présent, la pression exercée par ses connexions d’énergie – comme on le voit dans l’Ukraine et la Lituanie – s’est révélée très utile. La Russie a utilisé les seuils de fournitures pour blesser les pays et recueillir une réaction de l’Europe contre ces États. L’utilisation d’une intervention militaire directe – comme on le voit en Géorgie – a également été couronnée de succès, avec la Russie qui possède aujourd’hui d’un tiers du pays. La pression politique au Belarus et au Kazakhstan a poussé les pays à signer cette union douanière . Et maintenant avec le Kirghizstan, la Russie a prouvé qu’elle est prête à prendre une page du livre de jeu des États-Unis et de déclencher une révolution à l’instar des révolutions de couleur pro-occidentales. La stratégie russe a été taillée sur mesure pour chaque pays, en tenant compte de leurs différences pour les mettre dans la poche de Moscou – ou du moins les rendre plus pragmatique envers la Russie.

Jusqu’à présent, la Russie a presque retrouvé son ancrage montagneux de chaque côté, mais il n’a pas encore recouvert la plaine nordique européenne. Et cela laisse la Russie plus forte à combattre pour les États-Unis lorsque Washington retournera son regard vers l’Eurasie.

CE RAPPORT EST PUBLIÉ AVEC L’AUTORISATION DE LA STRATFOR

Mon point de vue sur les conséquences des élections

Sunday, February 14th, 2010

Un de mes amis français m’a posé quelques questions sur les élections présidentielles en Ukraine, et j’ai decidé de publier mes réponses ici. Je pense que ça sera intéressent pour beaucoup de gens.

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1. « Le vote est-il définitif ou y aura t-il un second tour ? » – le 7 février c’était déjà le 2ème tour des élections. Donc, maintenant, ils ne peuvent pas annoncer le gagnant, parce que Ioulia Tymochenko a porté plainte contre Victor Ianoukovytch. Donc, on ne pourra savoir qu’après la décision du tribunal.

2. « Où en est l’Ukraine politiquement et économiquement au jour d’aujourd’hui ? » – Je pense que je n’ai pas trop compris la question. Mais, je vous réponds quand-même. Donc, politiquement l’Ukraine a davantage de démocratie que la plupart des pays d’Europe de l’Est. Et ça, c’est bien confirmé par les leaders des États-Unis, de l’Union Européenne, et du reste du monde démocratique. Nos standards sont élevés. A propos de l’économie, donc en 2005 l’Ukraine a reçu le statut de pays avec économie de marché. En 2008, l’Ukraine est entrée dans l’OMC (Organisation Mondial du Commerce). Par contre, la plupart des pays de l’ex-URSS ne sont pas membres de l’OMC, y compris la Russie. Notre secteur bancaire est moins élevé qu’en France, cependant, les cartes bleus sont très utilisées par la population de l’Ukraine. C’est rare de trouver un café ou magasin où ils n’acceptent pas les cartes bleues. Sinon, tout est comme partout. Certains services sont mieux développés en France, certains en Ukraine.

3. « Pour toi, est-ce une bonne ou mauvaise chose (le résultat des élections) pour le pays ? » – A mon avis, c’est la honte pour le peuple Ukrainien, ce résultat. Une personne, je veux dire Victor Ianoukovytch, il est stupide. Il ne fait pas la différence entre le Monténégro et le Kosovo d’un côté, et l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie de l’autre côté. A mon avis, c’est une grande perte de temps. Mais, je pense qu’il ne sera pas président pendant 5 ans. Car, c’est évident qu’il est un mauvais candidat. Avant les élections, son parti politique a propagé l’idée de l’augmentation des standards sociaux. Mais, ce mercredi, au Parlement Ukrainien (Verkhovna Rada) son parti n’a donné que 2 voix pour leur projet de loi. Par conséquent, on voit bien qu’il ne va pas remplir ses promesses électorales. Mais comme les gens de l’Ukraine de l’Est en général sont mal élevés, ne sont pas fort en connaissance scolaire, et la pauvreté là-bas est assez répendue, donc, ils ne peuvent pas bien évaluer leur candidat.

4. « Que cela risque t-il de changer dans la vie de tous les jours pour la population ? » – Aucun risque. Rien ne va changer. Il a déjà été 2 fois premier-ministre et n’a fait aucune réforme. Le président en Ukraine a moins de puissance que le premier-ministre, alors je fais une conclusion, qu’il foutra en l’air son mandat. Mais c’est finalement mieux.

5. « Et vos rapports avec l’Europe, comment vois-tu évoluer les choses, suite à ce changement ? » – A mon avis, le maximum de ce qui pourrait changer, c’est que les étrangers ne pourraient pas venir en Ukraine sans visa. Mais, le Parlement Ukrainien a déjà commencé ce processus avant les élections. Et c’est juste, car aucun Ukrainien ne peut venir en UE sans visa.

6. « D’après ce que j’ai pu lire, ne crains-tu pas un « rapprochement » avec la Russie et un retour à des années peu glorieuses que vous avez pu vivre avant la révolution orange ? » – Je ne pense pas que le « rapprochement » avec la Russie sera fort, car déjà économiquement on ne peut pas être avec la Russie, car on est membre de l’OMC, et ils ne sont pas là. Aussi, l’Ukraine signera cette année 2 accords avec l’UE pour une association politique, et la zone de libre échange. Donc, il n’y a aucune chance pour la Russie d’avoir quelque chose en commun avec nous. A propos d’un retour à des « années peu glorieuses », je vous réponds ça : un changement de régime démocratique est impossible pour arriver à quelque chose comme en Russie, parce que le peuple Russe et Ukrainien sont différents, eux, ils préfèrent avoir un tsar, et nous la liberté, c’est historique. Sinon, ce que je peux dire, et ce n’est pas que mon avis, car je le partage avec plusieurs experts européens et américains, que notre éloignement de l’UE est causé par vos politiques, qui ne voulaient pas nous fournir toute l’aide politique et économique dont nous avions besoin, surtout politique! Donc, comme bilan, l’UE n’a rien fait pour nous rapprocher, au contraire, l’UE a tout fait pour se rapprocher avec la Russie (régime autoritaire), et en même temps abandonner l’Ukraine (régime démocratique). Donc, à mon avis, l’UE est coupable pour 80%, et l’Ukraine pour 20%. Y compris pour la question du visa, l’aide politique et diplomatique visé contre la Russie (surtout contre ses appétits impérialistes), l’aide économique pendant la crise.